Dr Rémy Gombert est chirurgien-dentiste exerçant avec une orientation forte en endodontie clinique et en gestion des cas complexes. Il intervient comme formateur pour Walter Santé, où il enseigne une approche moderne et biologique du traitement endodontique.
Quand un traitement canalaire est-il réellement indiqué ?
Vous gagnez du temps et de la prédictibilité quand vous posez une indication nette dès la consultation. Les indications classiques du traitement endodontique initial incluent notamment la pulpite irréversible et la pulpe nécrosée, avec ou sans signes cliniques, avec ou sans signes radiographiques d’infection.
Dans la pratique, vous rencontrez aussi des indications liées à la restauration et au pronostic pulpaire, ainsi que des situations spécifiques comme certaines résorptions, des amputations radiculaires ou des dents matures réimplantées, qui peuvent conduire à envisager un traitement canalaire en fonction du contexte clinique.
Une notion importante en 2026
L’approche “pulpite réversible versus irréversible” reste utile, mais elle devient parfois trop binaire. Des classifications plus détaillées, basées sur le degré d’inflammation et le potentiel de cicatrisation pulpaire, aident à raisonner plus finement, notamment quand vous hésitez entre conservation pulpaire et traitement canalaire. Les travaux autour de la classification de Wolters et collaborateurs et les discussions contemporaines sur la prise en charge des maladies pulpaires et apicales vont dans ce sens.
L’idée pratique à retenir est simple : Plus votre diagnostic est précis, plus votre indication est juste, et moins vous vous exposez à une endodontie “forcée” sur un cas qui aurait gagné à être conservateur, ou à l’inverse à une temporisation inutile sur un cas qui nécessite un geste endodontique sans attendre.
Quelles situations contre-indiquent un traitement endodontique ?
Certaines contre-indications ne se discutent pas, parce qu’elles rendent votre résultat non durable.
Contre-indications locales
- Dent non restaurable malgré une stratégie restauratrice réaliste.
- Support parodontal insuffisant au regard du pronostic global.
- Accès opératoire impossible (ouverture buccale très limitée sur molaire, impossibilité d’isolement correct).
- Patient non coopératif, qui empêche de maintenir un champ opératoire sécurisé et une gestuelle contrôlée.
Le rapport HAS sur le traitement endodontique insiste bien sur la logique de restaurabilité et de support parodontal dans la décision.
Contre-indications médicales et cas à risque infectieux
Vous rencontrez deux situations fréquentes :
- Les patients immunodéprimés ou fragiles sur le plan infectieux
- les patients à risque d’endocardite infectieuse.
Sur ce point, les recommandations HAS ont évolué, avec une approche qui vise à permettre davantage de soins dentaires, y compris des traitements endodontiques, sous conditions d’asepsie et de précautions renforcées, et avec une antibioprophylaxie réservée aux patients à haut risque selon les recommandations.
Pourquoi la consultation conditionne-t-elle le succès endodontique ?
Vous sécurisez votre endodontie quand vous considérez la consultation comme la première étape du traitement.
Anamnèse orientée
L’objectif n’est pas de laisser le patient “raconter”, mais d’obtenir des réponses exploitables. Vous gagnez en précision avec des questions fermées sur :
- la durée et la persistance des douleurs
- les facteurs déclenchants froid, chaud, mastication
- les douleurs spontanées et nocturnes
- l’efficacité des antalgiques
- les signes généraux et le contexte médical
Cette rigueur vous évite des décisions approximatives, surtout en urgence.
Planification avant ouverture
Vous réduisez le stress opératoire si vous planifiez deux choses avant de commencer :
- votre stratégie endodontique
- votre stratégie de restauration coronaire après le traitement
C’est une habitude “implantologie” transposable à l’endodontie. Et c’est souvent la différence entre un acte fluide et une séance qui dérive.
Comment localiser les entrées canalaires sans prendre de risques ?
Le canal “introuvable” est un motif classique d’échec, parce qu’un canal non traité est une contamination persistante.
Quand vous ne trouvez pas une entrée
Ne forcez pas la dent. Corrigez votre méthode :
- Contrôlez l’axe de la cavité avec une radio per-opératoire si nécessaire.
- Dans les cas complexes, l’imagerie 3D peut vous aider à comprendre si votre cavité est trop vestibulaire ou trop linguale, et à corriger sans délabrer inutilement.
- Utilisez des outils adaptés à la localisation fine des entrées, comme les fraises long col ou des inserts ultrasoniques dédiés, qui permettent de travailler en gardant la pointe visible.
Le point clinique déterminant ensuite est l’évasement de l’entrée canalaire. Sur les pluriradiculées, vous voulez éliminer les contraintes coronaires et notamment le triangle dentinaire qui bloque vos limes. C’est la meilleure prévention des fractures instrumentales, parce que vous réduisez la contrainte mécanique avant même d’instrumenter.
Quelles sont les règles d’or lors de l’utilisation des limes ?
La plupart des incidents instrumentaux surviennent lorsque l’on cherche à forcer la progression. Trois principes fondamentaux doivent guider votre geste :
- Irriguer abondamment et fréquemment
- Nettoyer chaque lime après utilisation
- Ne jamais exercer de pression apicale
Si une lime bloque, la cause est mécanique ou anatomique. Il faut irriguer, nettoyer, repasser les instruments précédents et vérifier l’accès plutôt que pousser.

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Pourquoi l’obturation et la restauration coronaire sont-elles indissociables ?
Vous pouvez parfaitement désinfecter, puis échouer à cause d’une recontamination coronaire. C’est fréquent, et c’est évitable.
Objectif biologique après irrigation
Une fois votre irrigation réalisée et activée, vous avez réduit la charge bactérienne. La suite vise un seul objectif : pérenniser la désinfection et empêcher la percolation bactérienne.
Cela repose sur deux piliers :
- une obturation tridimensionnelle étanche et stable
- une restauration coronaire étanche, planifiée et exécutée sans réexposer les entrées canalaires

Photo : Restauration coronaire étanche post-endodontique (Source : Nature)
Le point non négociable
Vous pouvez parfois vous passer d’une radio lime en place si votre localisateur d’apex est fiable. En revanche, vous ne devez pas faire l’économie d’une radio cône en place, parce qu’elle valide l’adaptation de votre maître-cône avant l’obturation.
Et faites l’essai dans un canal humide, avec une pression légère qui mime le foulage, sinon vous validez parfois un cône qui “semble” correct mais qui n’est pas stable en situation réelle.
Temporisation et étanchéité
Si vous temporisez, temporisez de façon étanche. En pratique, évitez les temporisations trop peu stables, surtout si vous ne contrôlez pas le délai réel avant la séance suivante.
Vous sécurisez votre résultat si vous privilégiez une temporisation au composite ou au CVI, et si vous planifiez la séquence prothétique dès le départ. Votre traitement ne doit pas redevenir exposé entre l’endodontie et la restauration.
Comment gérer les patients à risque d’endocardite infectieuse ?
La situation typique est simple. Vous avez une indication endodontique sur une dent restaurable, chez un patient à risque d’endocardite infectieuse, et vous hésitez entre extraction et traitement.
Les recommandations HAS ont clarifié l’approche, avec une logique plus permissive sous conditions, et une antibioprophylaxie réservée aux patients à haut risque selon les catégories définies.
En pratique, vous sécurisez en appliquant une ligne de conduite stricte :
- asepsie irréprochable, digue, désinfection du champ
- aide optique si disponible
- maîtrise de la longueur de travail, pour limiter extrusion et sur-instrumentation
- désinfection canalaire complète
- séances réduites si possible, et obturation transitoire étanche si vous fractionnez
- suivi radiographique programmé
Le point de prudence classique reste la phase aiguë non stabilisée, où vous adaptez votre prise en charge au contexte infectieux et à l’état général.
Cas clinique type pulpite sévère sur molaire mandibulaire en urgence
Vous connaissez ce scénario : Le patient arrive épuisé, douleurs spontanées, froid et chaud intolérables, percussion positive, grosse carie sur 47. Votre réussite repose sur une stratégie courte et rigoureuse.
- Vous isolez, même en urgence.
- Vous évacuez la carie.
- Vous reconstruisez une paroi manquante si nécessaire pour obtenir une cavité à quatre parois et travailler proprement.
- Vous irriguez tôt.
- Vous explorez manuellement, puis vous sécurisez un glide path.
- Vous mettez en forme sans chercher la longueur de travail “d’un coup”.
- Vous irriguez, vous activez, vous renouvelez.
- Vous obturez avec une technique cohérente avec votre protocole, après essai et validation.
- Vous temporisez de manière étanche, idéalement au composite, pour éviter toute recontamination.
La valeur ajoutée ici n’est pas un instrument ou un matériau. C’est votre capacité à rester calme, à ne pas forcer, et à garder l’objectif biologique au centre.
La checklist mentale d’une endodontie vraiment prédictible
Avant de commencer, vous devez pouvoir répondre oui à ces questions ;
- La dent est restaurable et le pronostic global est cohérent.
- Vous avez une indication claire, pas “par défaut”.
- Vous savez combien de canaux vous cherchez.
- Vous avez planifié la restauration coronaire.
- Votre accès vous donne une visibilité et un axe corrects.
- Votre irrigation structure votre geste.
- Vous ne poussez jamais une lime.
- Vous validez le cône en place par radio.
- Votre temporisation reste étanche, même si le patient décale le rendez-vous.
Quand vous installez ce standard, vous réduisez mécaniquement les échecs, les reprises, et les douleurs post-opératoires difficiles à expliquer.
Conclusion
Le succès endodontique repose moins sur la technicité isolée que sur la cohérence globale du protocole. Indication juste, accès maîtrisé, désinfection efficace et étanchéité coronaire durable forment une chaîne indissociable.
Lorsque vous abordez chaque cas avec cette logique biologique, l’endodontie devient plus prévisible, les complications diminuent et la conservation dentaire s’inscrit dans le long terme.